Ça court dans ma tête ! Ça court partout dans ma tête ! Impossible de les arrêter ! On m’avait dit que j’étais bizarre mais je n’en avais pas tenu compte, je me disais : je suis seulement différente. Mais là, c’est moi qui me l’annonce : je suis bizarre. Ça s’embrouille, ça court, ça fuit à chaque fois que je tente de les enfermer dans un coin.
Le docteur à lunette du cabinet secret m’avait prescrit des médicaments. « Prenez-les ! » qu’il m’avait ordonné. Moi, je m’étais dit qu’ils trouveraient bonne place tout en haut de ma pharmacie de salle de bain. Maintenant, je sais que j’aurais dû les prendre. Enfin, je serais peut-être une zombie si je les avais mis dans mon ventre mais, je me sens tellement au contraire du bien que j’en deviens complètement chaotique dans ce que j’entreprends. Je, enfin moi, je suis entrain d’écrire, mon docteur m’avait dit : « Écrivez-moi ce que vous ressentez, parlez-moi de vous et de tout ce que vous avez envie de dire ! » Lis-moi tout ceci docteur à lunette. Cela t’occupera pendant que tu seras dans l’avion en partance pour Hawaii ou Papeete, là où tu vas en vacances tous les ans avec notre argent à nous, les pauvres, les fous, les bizarres et autres désaxés se vidant les poches plutôt que vidant leurs sacs avec vos séances de thérapie ! Ah ah ! Je me venge ! Je vais être honteuse un instant ensuite, devant vous, quand vous serez tout bronzé et que vous me rendrez mon manuscrit. Vos médicaments sont moches, ils me rebutent, je les vois comme des pilules aliénantes qui me regardent et m’appellent, implorant ma pitié. Mais non ! Je résisterai tant qu’il le faudra ! You cannot pass ! Ce qui court dans ma tête a encore plus peur, ne pas prendre ces médicaments symbolise ma détermination à lutter ! Ça a peur. Je reprends les armes, me débarrasse des mauvaises gélules. Jusqu’à la mort, je me battrai ! Je sais que je le peux, vous m’aiderez mais pas avec la rédaction d’une ordonnance médicamenteuse, archaïque et montrant votre désintérêt pour mon cas pourtant si particulier ! Vous avez voulu me zombifier pour éliminer les preuves, la preuve de votre incapacité, c’est-à-dire moi, être(s) vivant(s). Vous avez fait cela par dépit ou par amour ou encore, pour les deux ensemble ! Je ne vous en veux donc pas, cela arrive. Sachez que ça va disparaître ! Ils ont déjà peur de moi. Les gardiens de ma pensée se sont levés et mis en marche. Ils ne reculeront pas et réussiront à enfermer tout ça, dans un coin, un tout petit coin pour le restant éternel de ma vie. Car c’est tout ce qu’il me reste et si cela ne fonctionne pas comme prévu, je prévoirai autre chose de plus terrifiant encore pour eux. Car ils ne peuvent échapper aux mécanismes de mon cerveau et à tout ce qui le compose. Peut-être s’entretueront-ils ; la peur génère la panique et celle-ci amène la folie ! Donc tout ira bien pour moi. Même si je sais que je ne peux pas les détruire car ils font partie de mon être, ils composent ma tête, je sais que les emprisonner n’est pas impossible à faire. A moins qu’ils sortent de moi pour être tranquilles, ils resteront, enfermés, entassés, ligaturés !
Non. Je n’ai pas peur. Je n’ai jamais été aussi forte. J’ai pris les armes, j’ai ameuté mes êtres qui, telle une horde insatiable d’équité, vont s’abattre sur eux et tout ça sera fini. La victoire est proche mes amis, ne nous relâchons pas ou alors, ça continuera.
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