L’air frissonnait comme à son habitude aux premières notes de la guitare. Lumno était aux cordes et en faisait vibrer des notes plus ou moins justes. Il n’était pas un bon musicien, les cours de solfège l’avaient ennuyé étant plus petit et c’était de cette façon qu’il faisait comme se tordre les cordes de son doigté pourtant léger. Il ne se posait plus de questions à propos de lui, de sa vie, de son avenir. La vie l’avait laissé là, à décider ce qu’il voulait pour lui et lui, ne s’en était jamais soucié. Il aurait bien voulu être un de ces grands noms de la musique mais en fait, il ne savait pas vraiment qui. Ce qu’il voulait, il ne le savait plus de puis longtemps, cette idée même de réussir ce qu’il pouvait entreprendre l’avait aussi quitté il y a bien longtemps.
La vie ne l’habitait plus, Lumno regardait dorénavant ce qu’il lui arrivait comme des obstacles à sa non-existence. Les gens n’étaient plus que des marionnettes désarticulées desquelles chacun essayait de tirer quelque chose à son profit. Puis il n’en voulait plus de cette vie misérable, à ne jamais quoi faire de sa vie. Il avait déjà passé tellement de temps à longer la route dans l’espoir de rencontrer son destin qu’il pensait qu’il n’en avait en fait, jamais eu. Il avait sa guitare et ça lui suffisait. Il remplissait ses journées vide par des sons qui lui réveillaient l’oreille et qui berçaient ses nuits. Lumno avait un moment, jouer de sa guitare près d’une cathédrale mais les gens restent très indifférent à toute tentative d’insertion dans leur vie, ne serait-ce que pour un instant. Ainsi, il était seul avec ses mélodies et plus le temps passait, plus il était persuadé de n’avoir aucun talent créatif. C’était un faiseur de bruit, rien de plus et cela le rongeait de jour en jour, d’heure en heure, de minute en minute passée dans le froid à faire ripper son onglet sur quelques cordes, histoire de faire réagir les gens à son désarroi. Mais ce ci avait prit fin le jour où quelques personnes ayant un peu bu lui étaient tombées dessus, lui volant d’abord son onglet et essayant même de prendre sa guitare. Lumno avait réussi à s’en tirer, elle aussi, mais amochée. Des cordes avaient cédé.
L’entrain de Lumno avait petit à petit commencer à périr et bien que Célia, une amie chez qui il passait quelques jours de temps en temps, lui remontait le moral en lui répétant maintes fois : « tant qu’il y a de la musique, il y a de l’espoir » Lumno perdait le sourire, perdait l’envie, tout simplement. Il ne faisait plus que tripoter ses cordes, suivre toute leur longueur en les effleurant à peine. Il regardait sa guitare avec amertume, révant d’une autre vie, différente. Si seulement il avait eu du talent, si seulement il avait eu de la chance ! Il en pleurait, tard le soir, dans l’ombre de la nuit.
C’est alors qu’il trouva refuge dans le silence, un silence total. Il ne jouait plus, il ne faisait plus frémir l’air de ses notes. Il emportait pourtant à chaque instant sa guitare avec lui, elle ne le quittait jamais et pourtant, il y avait eu comme une rupture entre eux. Elle ne lui avait jamais rendu ce que lui, lui donnait, elle n’avait jamais su lui donner ce qu’il attendait de tous ses efforts, de ces heures et de ces heures à jouer en arpège ou à jouer des gammes selon les occasions. Il s’était aussi obstiné à ne plus parler et malgré les nombreux efforts de Célia pour le sortir de sa sorte de crise, Lumno restait là, incontinent à tout. Le regard vidé, il ne s’alimentait presque plus. Il ingurgitait le minimum vital que son corps l’obligeait à prendre et ceci lui avait donné un teint approchant de plus en plus vers le blanc. Il ne sortait plus, il avait d’ailleurs élu domicile chez Célia pendant quelques temps avant d’en partir, du jour au lendemain, avec sa guitare sur le dos.
Il ne la touchait plus et elle ne lui causait plus.
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