Tenebrae

Chapitre 1

« En avant, allez, suivez-moi, ordonna un homme d’une trentaine d’année en pleine course sur une passerelle, précédé d’une autre personne. Ca va exploser dans une dizaine de minutes.

–          Eh ! Jin, cria un individu à l’autre bout de cette même passerelle, attendez-moi !

–          Quoi ! Oh, non ! Il y a encore Fzakio là bas ! Allez, dépêche-toi, ça va sauter d’un instant à l’autre.

–          J’arrive dans la seconde Jinys, suffoqua ce dernier, essoufflé. »

Après quelques instants il les rejoignit exténué.

« Bah! Alors qu’est ce que tu faisais, lui demanda Jinys ?

–         Vous courrez trop vite toi et Mike, lui répondit-il !

–         Tu verras, à force de te faire tirer dessus, tu iras bien plus vite, railla Mike !

–         Désolé, mais on reparlera de ça plus tard, il ne faut pas qu’on reste là. Allez, on file, déclara Jinys en ouvrant la porte de secours du bâtiment qui était juste au bout de la passerelle sur laquelle ils se trouvaient. »

La porte donnait sur l’extérieur ainsi que sur un escalier de secours. De cet emplacement, on pouvait observer toute la ville, ou plutôt, l’une des neuf plates-formes que comptait la cité. L’environnement de cette ville était sombre et lugubre, on n’y voyait jamais la lumière du jour et comme seul aide pour s’orienter à travers ces ténèbres, des néons étaient accrochés en de multiples endroits. De temps à autre, des cris, des rugissements de fureur ou d’agonie, faisaient échos dans cette cité souterraine, dans cette citadelle engloutie sous la terre portant le nom de Tenebrae. Jinys, Mike et Fzakio descendirent alors l’escalier de secours pour se retrouver dans une petite ruelle où seul était présent le silence… Enfin ils quittèrent cette rue puis, le quartier B, l’une des zones la plus dangereuse de la Plate-Forme 5 de Tenebrae, la ville des ténèbres, pour aller se réfugier dans leur ancien dépôt de ravitaillement qui leur servait de planque au sud, dans le quartier H, tout près. La Plate-Forme 5 était rectangulaire et constituée de vingt-quatre quartiers, nommés de A à X, rangés en quatre lignes en longueur, de six colonnes en largeur.

Jinys venait d’avoir trente ans ces derniers jours. Il avait fêté son anniversaire avec ses amis qui étaient devenu au fil des ans, son unique famille. Alors qu’ils s’empressaient, lui et ses complices, d’entrer à l’intérieur de leur planque, on pouvait apercevoir avec quelle rapidité Jinys courait et seul Mike pouvait le dépasser car il s’entraînait souvent. Jinys avait pourtant une corpulence moyenne mais, depuis son enfance, il avait été habitué à courir pour ne pas se faire attraper par tous les pervers qui pouvaient circuler dans la cité et qui s’en prenaient aux plus faibles. Par ailleurs, un jour, il avait été rattrapé lors de sa fuite par des membres de la mafia qui au lieu de le tuer, lui avaient laissé un souvenir qui resterait imbriqué dans l’esprit de Jinys, ils lui avaient entaillé son arcade gauche à l’aide d’un couteau, en lui disant qu’ils ne devrait jamais rien dire sur ce qu’il avait put voir cette nuit là. Une cicatrice ornait dorénavant son visage juste au-dessus de son oeil et lui rappelait sans cesse, lorsqu’il se trouvait devant un miroir, sa triste enfance.

Quand ils arrivèrent à destination, Jinys ouvrit, grâce à une clé en plastique, la grande porte blindée de leur poste avancé, une odeur d’humidité s’en échappa alors. Ils entrèrent tous l’un après l’autre et Mike appuya sur l’interrupteur contrôlant la lumière en déclarant : « Nous allons pouvoir nous reposer ! » A ces mots, tous acquiescèrent. Le dépôt de ravitaillement était assez grand et de nombreuses choses le meublaient. Il y avait tout le nécessaire pour survivre, une cuisine, des lits et une salle de bain. Les différentes salles étaient séparées les unes aux autres par des rideaux qui étaient à ce moment, rabattus contre les murs, ce qui laissait visible l’aménagement complet de l’entrepôt. Les meubles, totalement dissimulé par la poussière, étaient fait de plastique bleu clair en parfaite discordance avec la peinture jaune des murs qui étaient eux-mêmes très sales et recouvert par endroits de moisissure. Mike, un noir approchant bientôt la trentaine, était impatient d’aller s’étendre sur l’un des trois immenses matelas pourtant incommodants, qu’ils avaient installé pour l’occasion. Tous se posèrent le plus confortablement possible sur leurs lits. Puis, Jinys prit une caisse en aluminium près de lui, un refroidisseur, il l’ouvrit et en sortit trois cannettes de bières qui arboraient chacune une étiquette où y figurait le nom de la société productrice, Brasco, ainsi que le nom de la boisson, Darkpower15. Elles avaient une coque transparente et l’on pouvait ainsi voir la couleur du liquide. Un mélange au teint noir, fait de bière et de produits chimiques. Mais, la firme Brasco n’en divulguait pas plus, de toute façon, les gens en buvaient sans apporter beaucoup d’intérêt à ce liquide pour le moins étrange. Quelques secondes plus tard, une explosion résonna dans l’enceinte de la Plate-Forme 5. Mike déclara d’un ton vif : « Encore une structure riscreet détruite, c’est notre deuxième, à ce train là ils courent à la ruine dans les prochains jours ! » Il laissa échapper, à la fin de sa phrase, un léger ricanement, vengeur, trahissant sa rage contre cette organisation rivale. En effet, l’Organisation Riscreet était perpétuellement en conflit avec l’organisation concurrente Lyfer, car chacune veut dominer, soit la structure économique, soit la structure sociale. Mais ces deux structures sont imbriquées l’une dans l’autre et fonctionnent ensembles et, aucune des deux organisations ne veux céder sa place ou arranger un compromis. Mike, et tous les autres membres de l’Organisation Lyfer à laquelle ils appartenaient, avaient, depuis leurs plus tendres enfances, été conditionnés. Il fallait qu’ils détruisent toutes choses pouvant nuire aux intérêts de leur organisation. Jinys distribua les bières et à leurs ouvertures de secs claquements de goupille se firent entendre. Ils portèrent un toast dédié à leur organisation puis à eux et se mirent à avaler ce liquide d’une apparence infâme.

A l’extérieur, les occupants de la Plate-Forme 5 habitant dans les bâtiments avoisinant le quartier B, se demandaient ce qu’il venait de se passer. Cela faisait la deuxième fois en deux jours. De nombreuses personnes penchées à leur fenêtre, observaient la mine riscreet en feu ainsi que la fumée qui s’en dégageait et qui se perdait dans l’obscurité propre aux ténèbres que générait cet enfouissement sous terre. D’autres sortaient à l’extérieur des bâtiments insalubres que comportait exclusivement cette partie de la plate-forme. Chacun proposait sa propre théorie. Défaillance, problème d’électricité ou de chaufferie mais, ils étaient loin de se douter d’une action terroriste. Il n’en avait jamais connu.

Des Riscreets sillonnaient les rues sous les faibles halos de lumière de l’éclairage de nuit, avec leurs célèbres imperméables noirs et leurs non moins connues, lunettes d’Altaïr, plus communément appelées, lunettes de soleil, dans une citadelle où il n’y a que des néons et autres éclairages artificiels pour seule source de lumière. Ils étaient à la recherche des terroristes qui venaient d’annihiler une deuxième mine sur les quatre qu’ils possédaient, pouvant produire du minerai, sur cette plate-forme. Des citadins curieux et audacieux leur posèrent des questions sur la nature de cette catastrophe, mais ils ne répondaient jamais. Ils restaient froids, distants et calmes, malgré ce qu’il venait de se produire. Toutes les personnes qui restaient malgré tout sur place, avaient formé, sans même le vouloir alors qu’ils s’échangeaient leurs hypothèse, un petit groupe d’une dizaine de personne, au milieu de la rue d’où l’observation des flammes de la mine était favorables. La foule fut dispersée par quelques coups de feux tirés par un Riscreet. Alors que tout le monde pensait à des coups de feu tirés en l’air, tous paniquèrent à la vue des deux hommes criblés de balles qui s’écroulaient lentement sur le bitume à leurs côtés. Leurs corps, dorénavant sans vie, gisaient sur le sol de la plate-forme comme des débris obsolètes. Les gens rentrèrent chez eux en courant mais ils devaient laisser leurs portes ouvertes aux Riscreets pour qu’ils puissent fouiller les maisons car, ils avaient la réputation de tuer toute personne leur barrant le chemin. Ils cherchaient hargneusement les coupables et rien ne pouvaient les en détourner. Ces derniers, selon eux, devaient être plusieurs, car leur système de sécurité, d’une performance exceptionnel, ne pouvait être déjoué par un seul homme. Ils avaient vu juste car les trois hommes qui fêtaient leur réussite étaient de véritables professionnels dans le genre. Ils avaient été recrutés grâce à leurs performances exceptionnelles dans de nombreux domaines tel que le piratage, l’improvisation et l’évasion.

Les trois amis se réjouissaient de leurs rémunérations futures, ils pensaient déjà à ce qu’ils allaient pouvoir s’offrir. Mike voulait s’acheter un buggy car il était passionné par les courses automobiles de la Plate-Forme 4 diffusées à la télévision. Avec un tel engin il pourrait y participer, c’était son plus grand rêve depuis l’enfance. Fzakio, lui, avait laissé sous-entendre de quitter la planète grâce au prochain spatioport qui devrait être construit à la surface pour partir vers la Terre, plus paisible que Kuanos, où il pourrait couler des jours heureux à l’air libre. Jinys était beaucoup plus ambitieux qu’eux, il voulait faire carrière dans l’Organisation Lyfer et, pourquoi pas devenir l’une des personnes les plus importantes de celle-ci. Ils rigolaient en pensant à leur futur avenir comme pilote de buggy, retraité isolé et plénipotentiaire. Mais leurs divagations futuristes furent interrompues par un cognement lourd à la porte. Jinys, d’un air calme et résolu, demanda à ses deux compagnons de ne pas bouger et de continuer à parler de choses banales. Puis il s’avança, sereinement, vers la lourde porte en acier. Il poussa un dernier soupir, comme pour se préparer à son entrée en scène dans une campagne politique puis il ouvrit la porte énergiquement. Sur le pas de la porte, quelqu’un patientait.

L’homme, un Asiatique en imperméable noir et portant des lunettes de soleil, l’air inquiet mais calme, leur posa quelques questions vagues concernant l’explosion d’une mine appartenant à l’Organisation Riscreet. Jinys répondit simplement que lui et ses copains n’avaient rien entendu, du fait qu’ils écoutaient de la musique en buvant une bière. Le Riscreet avait l’air de les croire et ne chercha pas à rentrer, ce qui était assez inhabituel de la part d’un Riscreet. Il les remercia de leur coopération et reprit son fusil qu’il avait dissimulé sous son long imperméable noir. Il l’arma et reparti silencieusement dans les décombres des rues de la cité. Jinys referma la porte hâtivement et regarda ses compagnons d’un air soulagé. Mike et Fzakio, venant de se déplacer devant la porte le félicitèrent de la maîtrise de soi-même dont il avait fait preuve surtout face à un Riscreet qui vous met automatiquement mal à l’aise par son habillement et ses questions étranges. Ces caractéristiques étaient d’ailleurs communes à tous les Riscreets et chacun d’eux possédait cette capacité à impressionner par leur présence les gens qu’il côtoyait. Le petit groupe de Lyfers en profitèrent pour sortir de nouvelles bières du refroidisseur. Jinys, lui, pensait qu’à l’avenir, il faudrait devenir de plus en plus prudent.

Mike proposa de finir la soirée chez eux dans le quartier V, au sud-ouest du quartier H car, même si l’entrepôt désaffecté pouvait servir de logis pour la nuit, on se sent beaucoup mieux chez soi. Jinys acquiesça sa proposition et répliqua d’un « On en a bien besoin ! » Cette phrase montrait leurs grands états de fatigue totalement justifiés par les efforts qu’ils avaient fourni cette nuit et la nuit précédente. Ces derniers jours, il n’avaient presque pas dormis, ils avaient parfaitement étudié toutes les situations possibles et il leur faudrait plusieurs jour de repos, pour être dans la capacité de recommencer. Fzakio leur dit qu’il devait aller voir sa mère pour lui donner les soins nécessaires à sa guérison qu’il n’avait pu lui donner aujourd’hui, faute de temps. Il prit son blouson dans la minute qui suivit après avoir souhaité un bon retour à ses deux amis. Il sortit de l’entrepôt sur de lui, prêt à s’enfoncer dans la nuit sans aucune crainte. C’est vrai que Fzakio avait une certaine capacité au combat ce qui lui donnait souvent l’avantage sur ses adversaires malgré la faible endurance qu’il disposait. De ce fait, s’aventurer dans les ténèbres était pour lui inoffensif. Sur la Plate-Forme 5, les armes de tir étaient très peu utilisés contrairement aux plates-forme supérieures. Les gens préféraient ici le combat à main nue ou le combat avec arme de poing. Et, quant-on voulait vraiment arrivé à ses fins, on utilisait bien souvent des moyens plus décisif comme un attentat à la bombe ou encore des personnes payés pour tuer car à plusieurs, l’adversaire a vraiment peu de chance de s’en sortir, même s’il a une arme de tir. Mais Fzakio était une exception, il a grandi en étant conditionné pour tuer car à l’époque, l’Organisation Lyfer voulait faire du profit en construisant une arène sur la plate-forme. Mais ce projet a, bien heureusement, été enterré pour se développer dans la Plate-Forme 9 où la législation ainsi que les contrôles sont nuls. Mike et Jinys attendirent une dizaine de minutes, pour que Fzakio se soit suffisamment éloigné, pour pouvoir sortir sans se faire intercepter par les sentinelles riscreets qui courraient les rues à la recherche d’un petit groupe de personne. A deux ils avaient beaucoup plus de chance de ne pas se faire repérer.

Tout semblait calme à cette période de la nuit. Presque la totalité de la population était endormie et les réels dangers pouvaient apparaître. L’éclairage étant très faible, peu de personne sortait à une heure où l’on ne voyait quasiment rien. Des gangs traînaient dans les rues et entretenaient une guérilla entre eux. Cette guerre des gangs avait rendu le pouvoir public inutile et, en quelques années, la criminalité avait fortement augmenté au contraire des forces de police qui diminuait sans cesse, faute de matériel et de logement qui sont fréquemment saccagé par les criminels, mais aussi, faute d’effectif car, peut de personne souhaite entrer dans les forces de police car ce travail est bien souvent déclaré la honte de la cité. Malgré les critiques des autres, certains y entre pour se faire tuer dans le mois qui suit, car dans cette ville, il n’y a qu’une seule loi en vigueur : la loi du plus fort.

Le trajet des deux Lyfers se déroula sans obstacles et, au bout de six cents mètres environ, ils arrivèrent devant leur maison. D’extérieur, elle semblait petite mais pourtant, cette maison à deux étages comptait une aire de 200m² environ. Les murs de leur habitat étaient en béton, ce qui se voyait très nettement à l’extérieur grâce à l’aspect gris et triste des murs. Ils étaient abîmés par endroits par des impacts ressemblant à ceux créés par les balles d’armes à feu. La maison disposait d’une toiture-terrasse bordée sûrement par un petit muret. Les quelques fenêtres que possédait l’habitat laissaient apercevoir les volets intérieurs constitués de lamelles en aluminium. Mike ouvrit la porte en insérant sa carte magnétique dans une fente près de la poignée, entra à l’intérieur de leur domicile et alluma la lumière en appuyant sur l’interrupteur à sa gauche. Jinys, Fzakio et Mike possédaient cette maison depuis quelques années. Elle leur avait été offerte par leur Organisation après une mission importante qu’ils avaient réussi. Il fallait qu’ils démantèlent un gang qui sabotait la construction de la prison construite par le gouvernement sur la Plate-Forme 5. La criminalité gagnait progressivement les plates-forme les plus élevés. Les gens étaient de plus en plus pauvres et, voler ou tuer pour leurs survies était devenu de plus en plus banal. Dans ce monde, la morale avait tendance à disparaître assez souvent pour laisser libre cours aux agissements les plus malsains. L’Organisation Lyfer voulait que la loi soit respectée et que des sanctions autres que la mort, pourraient être prise par les forces de police ayant aussi comme rôle le pouvoir législatif. Dorénavant la prison était finie et déjà de nombreuses personnes la peuplaient. L’un après l’autre, Mike et Jinys prirent chacun une douche avec le peu d’eau qu’il leur avait été accordé par le gouvernement. L’eau continuait à être servie gratuitement, comme avant la grande catastrophe de 2682 quand l’astéroïde, Apokalupsis, percuta Kuanos, mais elle était maintenant donnée en quantité limitée car les nombreux traitements que l’on devait effectuer sur les nappes phréatiques pour enlever toutes irradiations coûtent relativement cher et l’argent prélevé par l’Etat grâce aux taxe, n’est pas suffisant pour assurer de l’eau à volonté. Après leur douche rapide, Mike et Jinys allèrent se coucher chacun dans leurs chambres qui étaient toutes deux identiques : une seule fenêtre, un lit, une armoire et un réveil sur une table de nuit.

Les aiguilles du réveil mécanique de la chambre à Jinys, indiquaient cinq heures sur le cadran fragmenté en vingt heures. Sur Kuanos, une journée dure vingt heures, les gens dorment par conséquent moins longtemps, mais plus souvent. Les néons commençaient à fonctionner de mieux en mieux, ils étaient abreuvés d’énergie par des panneaux solaires placés à la surface de la planète et par énergie nucléaire. Cette dernière source d’électricité donnait de faible quantité d’énergie car les réacteurs nucléaires prennent habituellement beaucoup de place. Dans Tenebrae, le gouvernement avait fait construire une petite centrale ayant pour but de fournir de l’électricité à la ville. Malgré cette énergie acquise, les rues de la cité restaient pourtant très sombres la nuit et seul les plus habiles avec leur mémoire, pouvaient s’y orienter. Paolo Baldi, chef du Mouvement de Protection des Lyfers, après avoir réveillé les trois hommes qu’il connaissait bien et qui étaient sous ses ordres, leur expliqua rapidement leurs prochains objectifs. Les trois copains à peine réveillés, écoutaient attentivement leur supérieur pendant que ce dernier leur parlait et leur préparait des cafés. Paolo déploya leur plan d’action. Il allait falloir détruire une nouvelle structure riscreet construite récemment, une mine apparemment sans défense, mais où, depuis le début des opérations terroristes, la sécurité avait doublé, et les patrouilles des gardes augmentés. Il leur donna les plans du bâtiment ainsi que les parties sensibles pouvant provoquer une réaction en chaîne d’explosion. Il leur donna également des badges-passes d’agents de sécurité, pour permettre leur évasion dans la base, sans aucun problème. Après ces rapides mais complètes explications, Paolo Baldi se vêtit de son imperméable en plastique renforcé bleu-foncé et se dirigea vers l’entrée de l’ancien dépôt de ravitaillement tout en disant : « Si j’étais l’un d’entre vous, je partirais immédiatement me procurer tout le matériel nécessaire, l’opération doit absolument se dérouler ce soir. Au fait, j’ai placé vos 9000 Ðungs, en petite coupure, pour la mission d’hier sur le refroidisseur, ne les oubliés pas, fit-il d’un ton comique ! » Une longue période, sans un mot, se déroula un court instant car Jinys brisa ce silence en prenant des directives en demandant à Mike d’aller acheter quatre bombes thermiques chez Jhigy, son revendeur habituel. Mike agrippa sa veste, prit un billet de 500 Ðungs et sortit de leur planque. Jinys après un rapide déjeuné se mit à construire des minuteries, ainsi que des détonateurs à distances en cas de défaillance du système mécanique, pendant que Fzakio construisait des systèmes d’autodestruction pour les bombes si quelqu’un venait à vouloir la désamorcer. Jinys entama la conversation alors qu’il fixait les dernières vis à l’ultime minuterie.

« Alors comment va ta mère, elle est toujours autant malade ?

–         Oh ! Euh ! Oui, ça ne s’arrange pas.

–         Et les médecins, ils disent quoi ?

–         Ils ne savent pas de quoi elle est atteinte, c’est peut être la thyroïde, la nouvelle maladie mais en tout cas ils sont sûrs qu’elle a été irradiée.

–         Et ils savent par quoi ?

–         Non, ils ne peuvent pas lui prescrire un traitement efficace et donc il faut acheter tous les médicaments contre toutes les sortes d’irradiation.

–         Et financièrement t’y arri… »

A ce moment là, Mike venait de rentrer. Il portait un énorme paquet, ainsi que trois croissants. Il en donna un à chacun de ses amis, qui se réjouissait de pouvoir prendre un petit-déjeuner un peu plus constituant que celui qu’ils prenaient d’habitude. Mike posa le carton à terre et l’ouvrit avec engouement. Il en sortit quatre bombes thermiques. Jinys et Fzakio apportèrent leurs créations, des minuteurs, des détonateurs à distance et plusieurs systèmes d’autodestruction. Ils assemblèrent les bombes une à une, avec le plus grand soin, car une seule erreur et c’était la fin. Il n’y avait plus qu’à les programmer ou à les déclencher à distance, pour faire exploser leur objectif.

Ils ne mangèrent que le soir, vers dix-sept heures, les lumières commençaient à s’affaiblir fortement et ils durent souper à la lueur des bougies comme chaque soir. Il n’y avait que Craig qui ne voulait pas toucher à son assiette. Les trois amis regardèrent ensuite l’unique chaîne de télévision, une chaîne publique, émise par le gouvernement. On y parlait de l’expédition « Mikomi 5 » effectuée à la surface par des Japonais. Il a été démontré par Takeshi Yoshikawa, scientifique de la Protection de la Cité Souterraine, que selon les taux de régression des radiations, Kuanos pourrait être repeuplée, à la surface, dans une période d’une quinzaine d’années. Il y aurait néanmoins des risques d’irradiation très forts, mais non insurmontable pour les moyens technologiques qui sont en cour de développement. Aucun des trois amis ne parla pendant cette émission qui posait le problème du repeuplement de la surface de Kuanos. A la fin du programme télévisuel, Mike éteigna le poste de télévision et Jinys déclara : « Il est l’heure »

Tous se levèrent et commencèrent à prendre tout le matériel consciencieusement préparé avant la prise du repas. Ils prirent chacun deux bombes dans leur sac à dos, sauf Jinys qui lui prenait les détonateurs à distances, ainsi que les armes de ses amis. Ils sortirent, Jinys le dernier. Il ferma la porte à clef, même s’il savait pertinemment combien cela était facile de réduire en poussière une porte comme celle-ci. Il pensait que cela pourrait peu être décourager quelques malfrats de passage. Mais dans ce monde plus personne n’avait peur de rentrer par effraction chez quelqu’un, sauf si ce dernier possédait une grande notoriété. Ils montèrent dans leur pick-up noir et Jinys s’installa au volant au côté de Fzakio, alors que Mike s’établissait à l’arrière de l’automobile. L’usage du pick-up pour cette mission était primordial car leur objectif, la mine, se trouvait près de celle qu’ils venaient de détruire, dans le quartier M, autrement appelé Steel Garden, un quartier sous domination des Riscreets où se trouvait une mine hyper sophistiqué, la plus productive et rentable de l’Organisation Riscreet. Il allait falloir qu’ils s’enfuient précipitamment, car leurs vies allaient dépendre de leur rapidité. Une fois tous installés, Jinys mis le moteur en route et démarra. Mike, à l’arrière, étudiait une dernière fois les plans donnés par Paolo Baldi. Tous restaient calmes dans la voiture et aucun son ne sortit de leurs bouches. Après une vingtaine de minutes à rouler sur les routes de plate-forme, ils arrivèrent dans une rue adjacente à celle de la mine qui était visée par le MPL. Jinys s’arrêta et Mike accompagné de Fzakio, descendirent  du véhicule et prirent leurs sacs, ainsi que celui de leur complice. Jinys repartit au volant de la voiture immédiatement, pour aller s’arrêter devant l’entrée principale de la mine. Il plaça sa voiture à cet endroit stratégique. Cela privilégierait leur escapade, car il ne pourrait pas sortir par-là où ils sont entrés puisqu’ils doivent poser une première bombe, ce qui bloquera le passage. Il laissa le moteur de la voiture fonctionner, ainsi ils seraient prêts à s’enfuir instantanément après la réussite possible de leur mission ou leur localisation par les services de sécurité ennemie. Jinys rejoignit enfin ses deux compagnons après une dizaine de minutes. Il reprit son sac et déclara d’un ton ferme « A nous de jouer » affirmant qu’il était l’heure de passer à l’action.

Fzakio souleva la plaque d’égout indiquée par Mike, ce dernier ne pouvait pas se tromper, il avait bien observé les plans du réseau des égouts de la mine riscreet. La plaque écartée du passage aux souterrains obscurs, Mike s’y engouffra immédiatement le premier, suivi de ses deux compagnons, étant donné qu’il allait faire office de guide dans cette partie de la mission, il savait quels étaient les chemins à empruntés pour éviter tout danger.

Après quelques instants passés dans les galeries sombres et tortueuses des égouts, ils arrivèrent près des conduits d’aération. Ce n’était qu’une infime partie du système de ventilation de la mine riscreet. On pouvait entendre un léger bourdonnement à travers la paroi de métal, un ronronnement d’hélice. Il fut couvert par le bouillonnement de l’acier en fusion. Jinys découpait au laser la paroi de métal, pour créer un passage afin de s’infiltrer dans la structure riscreet. Son travail enfin terminé, Fzakio, qui avait enfilé des gants athermanes, extirpa la plaque de métal ainsi découpée, de son emplacement. Puis, l’un après l’autre, ils entrèrent prudemment dans le conduit de ventilation. Leur mission allait pouvoir commencer.

Chapitre 2

Tout semblait calme mise à part le vrombissement incessant des appareils en fonctionnement. Des bruits de pas raisonnaient dans l’immense salle des machines, couvrant le vrombissement de l’appareillage présent. Un homme munit d’un gilet pare-balles et d’un fusil, faisait sa ronde. Il effectuait des va-et-vient continuels dans les allés. Puis, à un moment donné, un grincement arrêta son mouvement. Une grande porte en acier automatique s’ouvrit pour laisser apparaître une  autre personne. L’homme au gilet pare-balles traversa la salle en longeant les rangées de machines, pour rejoindre le nouvel arrivant. Jinys essaya de regarder cette scène derrière une bouche d’aération, située au sol, à une dizaine de mètre de la porte blindée. Ensuite il dévissa la grille d’entrée du conduit de ventilation pendant que le garde demandait à l’individu quelques informations : « Vous êtes la nouvelle recrue qui va assurer la relève ?

–         Oui, répondit sèchement l’homme, je suis la relève. Agent de sécurité Dan Wright, matricule 57, voici mon badge. »

Le sang de Jinys se glaça : « Cette voix, c’est celle de l’homme qui est venue nous interroger, chuchota-t-il à ses compagnons. Il ne faut pas qu’il nous voie car il saura où nous trouver. Les gars, on a déjà placé les trois autres bombes sans incident. Pour la dernière, il ne faut pas faire de connerie, on doit pas se faire repérer, d’accord ! » Pendant ce temps, les deux gardes Riscreets continuaient à discuter. Jinys en profita pour sortir la grille de son emplacement, et ainsi s’extirper du conduit, lui et ses camarades. Ils sortirent un à un, le plus discrètement possible, en allant se réfugier immédiatement derrière une énorme machine. Une fois caché, Mike prépara le minuteur de l’ultime bombe, puis plaça-le tout sous l’appareil auquel il était adossé. Il avait réglé le minuteur sur quinze minutes et déclara à ses camarades qu’il fallait être parti dans une dizaine de minutes. Puis Jinys demanda à ses amis : « Vous avez un plan pour sortir sans être vus par ce Dan ?

–         Quand l’autre sera partit, affirma Mike, Dan fera sa ronde et nous nous faufilerons jusqu’à la porte que nous ouvrirons grâce à nos badges. Vous me suivez toujours ?

–         Pas trop, répliqua Jinys, il va se demander d’où nous venons et voudra nous interroger.

–         Attends, tu vas voir. Nous lui montrerons nos badges et nous, nous l’interrogerons sur la sécurité de la mine. Nous serons déjà partis qu’il commencera seulement à reprendre ses esprits pour nous demander qui nous sommes.

–         Il va nous reconnaître et c’est très risqué !

–         On fera jouer notre vitesse et puis, on a déjà couru de plus grands risques.

–         On n’a pas d’autres solutions de toute façon.

–         Non. Ca te va Fzakio, interrogea Mike ?

–         Euh… Oui, répondit-il !

–         Vous êtes prêts, je vous donnerai le signal dès que l ‘autre sera parti. Mike, tu seras maître de l’opération et rappelez-vous : vitesse, efficacité, persuasion. »

Ils se préparèrent alors pour leur mise en scène. Ils abandonnèrent leurs sacs car ils n’en avaient plus besoin. Cela leur permettrait aussi de quitter les lieux plus rapidement et avec beaucoup plus d’aisance. Jinys fit un geste de la main pendant que le garde avaient le dos tourné et Mike se leva et sortit de derrière l’énorme machine, son badge-passe accroché sur sa veste. Ses deux complices l’imitèrent instantanément. Puis Mike tapota sur l’épaule du Riscreet, qui se retourna, en portant sur son visage un air étonné, presque effrayé. Pendant que Jinys se dirigeait vers la porte blindée pour l’ouvrir, Fzakio rejoignit Mike qui engageait la conversation avec le garde : « Agent de sécurité Ryt. Voici les agents Gire et Syns. Nous venons de tester les systèmes de sécurité et nous nous sommes aperçus qu’ils ne servaient à rien. Que pouvez-vous nous dire pour votre défense ?

–         Je… je suis une nouvelle recrue. Je n’ai rien…

–         Bon ! interrompit Mike. Monsieur Wright, vous allez au devant de graves ennuis. Vous êtes le responsable de la salle des machines et donc de sa sécurité.

–         Mais je…, balbutia-t-il.

–         Nous allons vous aider autant que nous le pouvons, nous parlerons à vos supérieurs et votre condamnation sera peut être amoindrie.

–         Une condamnation !

–         Oui, vous allez passer au conseil disciplinaire. Vous devez rester là pour l’instant. Toute tentative de fuite sera sanctionnée, ce qui n’arrangera pas votre cas.

–         J’ai… bien compris. »

Sur cette dernière réplique, les trois imposteurs franchirent le seuil de la porte automatique qui avait été ouverte par Jinys. Alors qu’elle se refermait derrière leur passage, Dan Wright gardait ses yeux grands ouverts. Il était comme abasourdi par ce qu’il venait d’entendre. Son air tout à l’heure étonné avait viré à l’égarement le plus complet.

Les trois amis gardaient leurs contrôles et se dirigeaient maintenant vers l’entrée. Ils pénétrèrent dans un immense hall dallé de marbre, où se trouvait un unique garde installé derrière son bureau, les pieds sur celui-ci, avec une bouteille de Brasco à la main. Ils s’approchèrent tous les trois du garde riscreet en l’entourant et alors qu’il retirait ses pieds de sur son bureau, Mike lui indiqua : « Nous faisons partis du haut conseil du service de sécurité des mines riscreet. Je suis l’agent Ryt et voici les agents Syns et Gire.

–         On ne m’a rien dit de votre venue !

–         Evidement. Sinon vous ne seriez pas dans une pareille position et vous n’auriez pas une bouteille de bières à la main.

–         Comment êtes-vous entrez ?

–         Nous avons un grade supérieur au votre dans la hiérarchie militaire et, c’est donc nous qui posons les questions. De plus nous nous sommes introduit dans cette mine par les conduits de ventilation décidément mal surveillés comme dans les autres mines. C’est pourquoi il y a de si grande attaque terroriste en ce moment.

–         Je vais faire doubler la sécurité dès votre départ.

–         Cela n’aurait pas dût être fait, il y a déjà quelques jours.

–         Si, mais, je n’en voyais pas l’utilité. A mon avis les terroristes n’attaqueront plus.

–         On se moque de votre avis. Les ordres sont les ordres.

–         Oui bien sûr.

–         Maintenant vous allez ranger votre bouteille sous votre bureau. Vous allez vous rendre aux toilettes car j’ai vraiment l’impression que vous allez vous pisser dessus. Puis vous en profiterez pour vous rafraîchir un peu.

–         J’y vais tout de suite. »

Le garde, très gêné, était devenu tout rouge lors de la discussion. Il rangea rapidement sa bouteille, puis parti se précipiter derrière une petite porte. Mike pencha sa tête derrière le bureau et y trouva ce qu’il attendait, un bouton ouvrant la porte d’entrée. Il appuya dessus et, se retourna pour voir le résultat. La porte en plexiglas renforcée s’ouvrit lentement. Les trois amis se rendirent devant la porte et attendirent qu’elle soit suffisamment ouverte pour se glisser vers l’extérieur. Alors qu’ils venaient juste de sortir de la mine, la porte en plexiglas se refermait déjà. A leur plus grand étonnement, il n’y avait pas de garde à l’extérieur, ils en profitèrent pour courir vers leur voiture sans être aperçu par une quelconque sentinelle riscreet. Ils s’installèrent dans le pick-up à leur place habituelle ; Jinys au volant, Fzakio à ses côtés et Mike à l’arrière. Comme le moteur tournait toujours, Jinys démarra instantanément. Alors qu’ils commençaient à s’éloigner de plus en plus, ils purent voir le résultat final de leur opération. Une série d’explosions se déclencha. Puis, un immense nuage gris, éclairé par les flammes, s’élevait dans les hauteurs de la cité.

Jinys les conduisit par inadvertance dans une mauvaise direction. Il ne s’en rendait pas compte, car tous les trois rigolaient de leur mission et des peurs qu’ils avaient eus. Leur route allait être beaucoup plus longue. Ils venaient de pénétrer dans une zone devenue très hostile depuis quelque temps, à cause de nombreuses guérillas qui opposaient différents gangs. Alors que le véhicule  avançait à toute allure, un fourgon blindé bloqua soudainement la route. Jinys freina brusquement, tout en maintenant le volant de son véhicule vers la gauche. La voiture pivota sur le côté et s’arrêta accompagnés des crissements des pneus. Mike fut alors éjecté du pick-up et se retrouva dans un fossé avoisinant la route. La porte du conducteur du fourgon s’ouvrit et, en descendit un homme d’une carrure imposante qui cria : « Sortez de la caisse ! » Les portes arrières du fourgon s’ouvrirent en même temps et, trois hommes accompagnés chacun par un roc. Ces nouveaux chiens, de véritables molosses, pouvaient endurer d’horribles souffrances avant de succomber à la mort. Ils n’avaient qu’un défaut, leur lenteur. Jinys et Fzakio sortirent de la voiture, alors que Mike, à l’écart de cette scène, armait son pistolet automatique. Il visait la tête du conducteur et, pour le faire savoir à ses amis, il avait actionné la visée laser de son arme pendant quelques secondes, ce qui avait laissé apparaître un point rouge à l’endroit visé. Mike n’attendait plus qu’un signe de ses coéquipiers pour tirer. Alors que Jinys et Fzakio se positionnaient face à leurs agresseurs, le chef du gang ordonna : « Enlevez vos fringues et donnez-moi tout ce que vous avez d’autre !

–         Eh ! C’est quoi cette embrouille, interrogea Jinys ?

–         Ah ! Tu me fais marrer. Ici, tu es dans ma zone, tout ce que tu possèdes m’appartient, tes vêtements, ta caisse, ta vie. T’as compris ?

–         Fais comme moi Fzakio, chuchota Jinys. »

Jinys commença à enlever sa veste, tout en s’emparant discrètement de son arme placée sur sa hanche droite, un magnum. Fzakio fit de même et, au moment où ils devaient donner leurs vestes, ils dégainèrent sur les trois acolytes du chef du gang. Ce dernier, au même instant venait de recevoir une balle en pleine tête, ce qui lui explosa le crane éclaboussant les alentours de cerveau. Les trois autres membres du gang, blessés, lâchèrent leurs chiens à la poursuite des trois amis. Ils partirent ensuite se cacher à l’intérieur du fourgon. Mike continua à faire feu sur les rocs, pendant que Jinys et Fzakio venaient le rejoindre à l’intérieur du fossé. Les chiens se sont alors mis à courir pour rattraper les trois fuyards, qui étaient devenus leurs proies. Les trois amis se mirent alors à courir à grandes enjambés à travers les rues sombres et insalubres de ce quartier qui leur était inconnu. Ils fuyèrent dans des directions différentes, chacun ayant à sa poursuite un roc. Tous les trois faisaient feu sur eux, tout en maintenant une course effrénée. Mais rien y faisaient, les rocs persévéraient dans leurs chasses malgré les douleurs qu’ils subissaient. Mike avait à sa poursuite le chien le plus endommagé et, à force de lui tirer dessus, le roc s’écroula. A ce moment Mike s’allongea sur le sol et se reposa. Fzakio, à l’autre bout du quartier, se fit rattraper, et, le molosse lui arracha le bras droit. Alors que Fzakio s’écroulait au sol sous l’effet de l’assaut, le chien déchiqueta sa prise et, soudainement, se tordit de douleur alors qu’il venait d’arracher du membre humain, des fils électriques, Fzakio se releva et regarda son bras avec amertume avant de le ramasser quelques instants plus tard. Jinys courait sans cesse, tout en tirant continuellement sur le roc qui le poursuivait. Car même si ces chiens n’étaient pas aussi rapide que les autres chiens, ils allaient aussi vite que les humains. Jinys trébucha et s’écroula au sol. Il se retourna immédiatement sur le dos et continua à faire feu sur le roc, jusqu’à ce que son chargeur se vide. Le chien, distant de lui d’environ cinq mètres, s’était arrêté de courir et boitait vers Jinys. Ce dernier, tourna la tête vers les alentours de la rue et se rendit compte qu’il se situait dans une impasse. Il rampait en arrière, puis, au moment où tout espoir se dissipait en lui, un homme, assez grand, type asiatique trancha sauvagement la tête du chien à l’aide de son katana. Les yeux du molosse se remplirent de sang au moment de l’impact et sa tête roula sur le sol pour s’arrêter près du pied de Jinys. Le sang qui jaillissait des artères se répandait très vite sur le sol, jusqu’à arriver aux pieds de Jinys. Cette sensation de chaleur à ses pieds aurait dû l’effrayer, mais cela le rassura. La bête était morte et son sang sauvage se ruait et s’imbibait rapidement dans ses chaussures puis, petit à petit, dans ses chaussettes. Il regardait le cadavre de l’animal jusqu’au moment où une main masqua sa vue. L’homme, son sauveur, lui tendait sa main. Jinys la saisit et se remit debout. Puis il le remercia avec un hochement de tête. L’homme lui fit signe de le suivre et Jinys acquiesça aussitôt sa proposition. Ce bienfaiteur ouvrit la porte d’où il avait surgit et, s’y engouffra suivit de Jinys. Ils étaient entrés dans une petite salle avec une petite fenêtre donnant sur l’impasse. L’Asiatique tapa un code près d’une porte blindée, dans le fond de la pièce. La porte s’ouvrit, sans un grincement, sur un long couloir à l’éclairage a giorno, ce qui émerveilla Jinys qui ne s’était jamais rendu dans un endroit plus lumineux. Ils suivirent tous deux ce couloir jusqu’à une nouvelle porte blindée gardée par un système de contrôle rétinien. L’homme plaça sa tête devant et après un bref instant, la porte s’ouvrit automatiquement.

Chapitre 3

Jinys venait de franchir cette lourde porte en acier au moment où, l’homme qui l’accompagnait appuya sur un bouton blanc dissimulé près du chambranle de cette même porte. La salle dans laquelle se trouvait Jinys était immense. Elle devait avoir une profondeur d’une cinquantaine de mètres et une largeur d’une vingtaine de mètres. Une salle ovale noyée dans un jeu de lumière fournit par les reflets de l’eau d’un aquarium qui entourait toute la salle. Au fond de cette pièce se trouvait un petit coin cuisine munit de tout le nécessaire en forme de carré. Juste devant et presque au milieu de la salle, se présentait une table triangulaire de dimensions imposantes dont un de ses trois sommets pointait en direction de Jinys et de l’entrée par laquelle il venait d’arriver. Puis, à mi-chemin entre lui et cette table, un fauteuil et deux sofas produisaient un cercle. L’aquarium grandiose, imbriqué dans les murs à hauteur d’homme, plein de vie, possédait de nombreuses espèces de poissons et de plantes, tous plus bizarre les uns que les autres. Les reflets qu’occasionnait la lumière sur et dans l’eau, inondaient la salle d’une douce lueur bleutée. Tout était d’une beauté sans égal. Alors que Jinys voyageait par le biais de son esprit, il fut interrompu par une voix sèche. Un vieil homme asiatique, avec un tatouage représentant un dragon empalé sur un katana sur toute la partie gauche de son visage, venait d’entrer dans la pièce. Il demanda alors à l’autre asiatique : « Pourquoi cette interruption ?

–         Maître, j’ai trouvé cet homme dans l’impasse alors que je m’apprêtais à quitter ces lieux. Il allait se faire dévorer par un roc, dit l’homme qui avait sauvé Jinys.

–         Tu as bien fait. De plus je crois que c’est une personne que je me devais de rencontrer. Etranger, tu dois être Jinys de l’Organisation Lyfer.

–         Vous…me connaissez, fit-il étonné ? »

L’homme mystérieux s’installa dans le fauteuil qui fermait le demi-cercle formé par deux sofas. Puis, il invita Jinys à faire de même et fit signe à l’autre homme de partir. Ce dernier s’éclipsa discrètement après avoir salué son maître par un salut typiquement japonais. Jinys s’installa sur l’un des deux confortables sofas. Ses yeux exprimaient l’inquiétude et la méfiance ce que décela immédiatement l’Asiatique. Il décida alors d’engagé la conversation : « Je m’appelle Yuriko Watsuki.

–         Vous avez énoncez mon nom il y a un instant. Comment me connaissez-vous ?

–         J’ai mes propres sources et de quoi les alimenter. Je t’admire pour la volonté et la témérité dont tu fais preuve pour ton Organisation. Mais, tu te dirige dans une mauvaise direction.

–         Je ne vois pas de quoi vous parlez, ni même ce que je fais ici. Je ferais mieux de partir monsieur…Watsuki. »

Jinys se leva et se dirigea vers la porte de sortie. Le vieil homme le regarda s’éloigner et lui lança alors qu’il était près à franchir le pas de la porte blindée « Il est facile d’esquiver la lance, mais non l’épée cachée. »

Jinys s’arrêta brusquement et tourna sa tête et son regard inquiet en direction de l’Asiatique. « Que voulez-vous dire, interrogea Jinys ?

–         Il y a un intrus dans votre groupe, affirma le vieux Yuriko Watsuki.

–         Dans notre groupe ! Mais c’est absurde, on se connaît tous depuis notre enfance. J’ai confiance en eux contrairement à vous.

–         Ainsi vous ne l’avez donc pas rencontrer, murmura Yuriko avec un ton navré.

–         Mais vous parlez de qui ?

–         Très bien, affirma-t-il, ce sera fait ce soir alors. Votre esprit pourra, je l’espère s’enivrer de la lumière qu’il vous apportera. »

Le maître japonais se leva et invita Jinys à le suivre. Ce dernier ne put qu’accepter mais son esprit était tout autre part, ce que lui avait dit l’Asiatique l’avait entièrement déconnecté de la réalité, ses pensées étaient envahies d’interrogation en tout genre « Qui est cet homme ? Comment me connaît-il ? De quoi et de qui me parle-t-il ? » Mais pourtant, il le suivait sans se poser de questions. « Asseyez-vous donc à cette table, jeune esprit flou. » Jinys tira une chaise de dessous la table et s’y installa. Dans sa tête, tout allait très vite et il pensa : « Ce doit être un professeur d’arts martiaux japonais. Malgré les quelques rides qui marquent son visage, sa souplesse et sa constitution ne font aucun doute. Ses mouvements sont rapides et précis. » Yuriko était entrain de faire la cuisine et une odeur de riz au poulet envahissait les environs du petit coin cuisine du salon. « Où a-t-il eu ce riz, se murmura Jinys ? » Lui n’en avait mangé qu’une seule fois alors qu’il était invité à une grande réception des Lyfers chez les deux présidents, Gheel Lojter et Decar Froize, dans une grande résidence, sur la Plate-Forme 1. Au bout d’une dizaine de minutes, l’Asiatique apporta leurs deux assiettes remplis de riz au poulet, ainsi que deux paires de baguette. Jinys ne savait plus quoi penser de cet homme au visage énigmatique accompagné de ce tatouage de dragon et il lui demanda alors : « Pourquoi avez vous ce tatouage ?

–         C’est une longue histoire, répondit Yuriko, qu’il vaut mieux entamer un autre jour.

–         Qui est cet homme qui m’a sauvé ?

–         C’est mon élève.

–         Et, que lui enseignez-vous ?

–         Je le prépare pour l’avenir en l’aidant à devenir maître de son corps et de son esprit.

–         Vous avez beaucoup d’élève.

–         C’est mon unique élève.

–         Vous n’en avez jamais eut d’autres

–         Si, deux.

–         Et alors, ils ont eut un bon avenir j’espère.

–         Ils sont morts. »

A ces derniers mots prononcés par le vieil homme, Jinys s’étouffa avec son riz. L’Asiatique lui dit alors : « L’un est devenu avare de puissance et a tué mon autre élève puis, il s’est attaqué à moi. Je n’ai pas eut le choix.

–         Bon, c’est pas que je m’ennui, c’était succulent mais, il va falloir que j’y aille.

–         Vous ne voulez donc pas attendre pour savoir !

–         Il n’y a aucun traître parmi nous.

–         Ce n’est pas un traître, mais un intrus.

–         Peu importe, il n’y en a pas. »

A cet instant, une silhouette apparut à l’ouverture de la porte du couloir qui se referma aussitôt après son passage. « Te voilà enfin Wan, je pense que j’ai ici un invité dont tu seras ravi de rencontrer personnellement, affirma le vieil homme. » Au fur et à mesure que cette personne s’approchait, sa silhouette puis, les traits de son visage sortaient des ténèbres et devenaient de plus en plus net. « C’est impossible, s’exclama Jinys, vous êtes mort dans la mine ! » Ce dernier restait ébahit devant cette personne qu’il avait déjà reconnue dans la mine comme L’Asiatique riscreet qui était venu les questionner, deux jours auparavant. « Oui, affirma l’homme, c’est bien moi qui était venu vous rencontrez l’autre jour. Mon vrai nom est Wan Dright.

–         Je ne comprends rien ! Je croyais que vous sous appeliez Dan Wright !

–         La personne que vous aviez vue l’autre jour et cette nuit, c’était moi sans être moi.

–         Vous voulez me faire croire que vous êtes un clone !

–         Pas tout à fait. Mon ‘clone’ comme vous dites, est un androïde gouvernemental. Dans des bâtiments, dont leurs positions sont confidentielles et cachées surtout à la population de Tenebrae, nous dirigeons ces robots par la pensée, grâce à des machines.

–         Et vous pensez que je vais vous croire ?

–         Je m’en doutais, cela doit être un peut dur à avaler. Regardez plutôt ça ! »

L’Asiatique sortit alors une petite plaque en plastique de couleur noire et de la taille de la main, d’une poche intérieure de son long imperméable noir. Elle avait une épaisseur de deux centimètres environ et ses formes lui donnaient l’aspect de n’être qu’un bout de plastique et rien d’autre. Il la présenta à Jinys et appuya sur un des boutons situés à droite de la partie faciale du bout de plastique rectangulaire. A ce moment, cette dernière changea de couleur pour passer du noir au bleu roi. Puis, de son autre main, Wan sortit d’une de ses nombreuses poches, une toute petite boîte verte, d’une taille égale à celle d’un pouce, c’était un Compact Disc Protégé, il y était d’ailleurs écrit CDP en lettres capitales. Il l’inséra dans une fente sur le côté de la plaque et quelques instants plus tard, le disque fut chargé. S’ouvra alors sur le fond bleu roi de la plaque, une interface avec un message demandant le code d’accès au CDP. Puis au bout de quelques secondes, les mots : « Mode Tactile en cours » apparurent en même temps qu’un clavier alphanumérique. Wan Dright fit son code sur l’écran et le valida, ce qui fit apparaître le message : « Code valide, veuillez appuyer sur le bouton de lecture. » L’interface se dissipa progressivement et s’afficha alors pendant quelques secondes le titre du CDP : « Le projet : Androïdes », avant de se fondre dans l’écran pour laisser se dévoiler les premières images vidéo. Ces dernières montraient une personne, une femme aux longs cheveux blonds, portant une monture de lunettes métallique qui faisait le tour de sa tête et qui était reliée à des ordinateurs quelques mètres plus loin. La personne bougeait et parlait et, plus rien autours d’elle ne semblait compter. Elle était comme plongée dans un autre univers. Elle était debout, sur une sorte de tapis roulant multidirectionnel qui lui permettait de se déplacer sans pour autant sortir de ce tapis. Le sujet n’était pas toujours bien cadré et quelques fois l’image devenait floue, ce qui n’empêchait pas Jinys de suivre attentivement cette vidéo amateur qu’offrait la plaque vidéo. Après une coupure de l’image de quelques secondes, l’on pouvait voir ensuite un enregistrement effectué par une caméra de surveillance. Cette dernière semblait se déplacer dans un complexe industriel et l’on pouvait distinguer des murs amovibles de séparation dissociant une trentaine de pièces parfois séparées par des allées. Dans chacune de ces salles étaient installés un tapis roulant multidirectionnel, une flopée d’ordinateur, et de nombreux câbles électriques pour unique décoration. Une multitude de personnes circulaient dans les couloirs au contraire de la trentaine de pièces qui n’étaient occupées par qu’une ou deux personnes. Dans des salles à part, des robots aux formes humanoïdes étaient en construction. A cet instant précis, Wan appuya sur le bouton de pause de la plaque vidéo et, il dit : « Nous contrôlons les robots construits ici par la pensée grâce à ces genres de lunettes que nous avons pu voir tout à l’heure et, tout ceci représente un système assez complexe. Je m’explique. Chaque fois que nous faisons quelques choses alors que nous portons ces lunettes, un message nerveux et envoyé de notre cerveau vers nos différents membres. C’est à ce moment que la monture de lunettes capte ce signal et le retransmet en message électrique aux ordinateurs qui se contentent alors de l’envoyer au robot par ondes sonores, à des fréquences inaudibles pour les humains. A cet instant, le robot n’a plus qu’à les transformés en message électrique et ainsi reproduire par exemple le mouvement qui a été effectué par la personne le contrôlant.

–         Oui et à ce que j’ai cru comprendre la personne que j’ai vue dans la mine était donc un androïde.

–         Tout à fait.

–         Mais comment peut-on leur donner l’apparence d’un être humain ?

–         Grâce à un système très sophistiqué, Des scientifiques font des copies des cellules épidermiques des sujets à représenter puis, ils en recouvrent les androïdes.

–         Ils devraient alors être tous imberbes !

–         Normalement oui mais, ils leurs implantent des cheveux. Ils n’arrivent pas à leur implanter des poils sur le corps et, je ne sais pas pourquoi. »

Jinys réfléchissait à tout ce qu’il venait de découvrir et à quoi cela pouvait servir si cette création tombait entre les mains de personnes mal intentionnées. Wan lui affirma : « Il y a quelques mois, un ensemble complet, constitué d’un tapis roulant multidirectionnel, de monture pour capter les messages nerveux ainsi que d’ordinateurs a été volé après un piratage du système de surveillance. Les usurpateurs ont aussi, bien évidemment, pris un androïde qu’ils ont recouvert sur place de cellules épidermiques. Les personnes de la sécurité ont retrouvé quelques traces de ces dernières et les scientifiques en ont extraient leur ADN.

–         C’est affolant ce que vous me dites là. Ils peuvent avoir reproduit l’apparence de n’importe qui.

–         Quand je vous et vu tous les trois dans la mine, Fzakio m’a parut…bizarre. En fait, après une analyse de son comportement, je me suis aperçu que c’était peut-être cet androïde volé.

–         C’est absurde, il avait un peu le blues c’est tout. Et puis on a toujours étés ensemble ces derniers jours…sauf, quand il est allé voir sa mère.

–         Je ne suis pas sûr que c’est lui mais je pense qu’il y a un moyen très simple de le savoir. Vous faites bien partit du MPL ?

–         Oui, répondit fièrement Jinys.

–         Votre ADN a dut vous être prélevé pour les cas d’extrême nécessité, c’est ce que fait habituellement l’Organisation Lyfer ?

–         Oui, et vous voulez me demandez d’obtenir celui de Fzakio.

–         Vous avez deviné ! Alors ?

–         Vous avez instauré le doute dans mon esprit et je veux être sûr de lui, je ne dois prendre aucun risque.

–         Parfait. Demain, nous nous retrouverons ici, à dix-neuf heures, tout le monde sera couché, vous m’apporterez à ce moment son code génétique.

–         Ok, pas de problème.

–         Dès que j’aurais fais les analyses et les comparaisons, je vous préviendrais pour vous faire part des résultats, nous prendrons alors les mesures nécessaires. Je vous remercie encore de votre coopération.

–         Il n’y a pas de quoi. Je vais y aller dès maintenant.

–         Je vous accompagne, il y a des gangs qui traînent dans le coin.

–         J’accepte volontiers. Encore merci pour votre hospitalité, monsieur Watsuki.

–         C’était tout naturel mais, répondit le vieux japonais, appelons-nous dorénavant  par nos prénoms car je suis sûr que nous serons amenés à nous revoir de nombreuses fois.

–         Peut-être bien, Yuriko, affirma Jinys.

–         Bon, déclara Wan ! Nous devons y aller. »

Le jeune asiatique éjecta le CDP du projet : Androïdes en pressant le bouton d’éjection de la plaque vidéo qui s’éteigna automatiquement quelques instants après. Le fond bleu-roi qui délimitait l’écran s’éclipsa dans un dégradé le menant jusqu’au noir du reste de la plaque vidéo. Wan rangea alors son CDP et sa plaque dans une de ses nombreuses poches qu’accumulait son imperméable. Il eut un bref regard envers Yuriko qui acquiesça. Jinys se dirigeait déjà vers la porte et fit pivoter la poignée vers le bas. Alors qu’il allait se retourner pour interpeller Wan Dright, il sentit sa présence derrière lui, ce qui le fit avancer instinctivement dans le couloir venant tout juste de s’illuminer. Il traversa donc, ce passage hors du temps, pour se retrouver dans la petite salle qui faisait office de poste avancé.

Une fois arrivés dans l’impasse, qui à cette heure de la nuit était encore plus obscure que précédemment,  devant le cadavre du roc, Jinys s’arrêta et repensa à ce qu’il s’était passé à ce moment là. Wan passa devant lui et enjamba le chien pour ensuite aller déverrouiller le cadenas accroché à une grande porte de garage, de l’autre côté de la ruelle. Jinys re gardait toujours le cadavre et se dit que s’il n’avait pas eu cette malheureuse embuscade, il n’aurait peut être jamais rencontré Yuriko Watsuki, un homme qui selon lui peut être nécessaire à son groupe pour gagner plus d’argent. Il demanda alors tout en regardant continuellement le molosse : «  Que fait-on du cadavre du chien ?

–         Pousses le près des tonneaux, au fond de l’impasse, lui conseilla Wan !

–         Mais, il va pourrir sur place !

–         Ne t’inquiètes pas, certains vont s’en charger ! »

Jinys était étonné de cette réponse qu’il avait eu de Wan Dright, mais il suivit néanmoins ses conseils en déplaçant le corps du roc, en lui tirant les pattes arrières, près des quelques tonneaux à l’abandon sûrement depuis plusieurs années. Mais, arrivé derrière ceux-ci, il poussa un cri de dégoût. Une femme, cachée entre les tonneaux, était entrain de décortiquer la tête de la bête qui avait été décapité. Wan, occupé à relever la porte métallique du garage, jeta brièvement son regard vers Jinys, puis il l’appela : « Jinys !

–         Oui, demanda-t-il se retournant vers Wan ?

–         Donnes lui ça, fit l’asiatique en lui lançant un long couteau ! »

Jinys attrapa habilement le couteau par le manche, le retourna et, le tendit le manche en avant à la femme, qui, depuis leur première entrevue, avait braqué son regard vers lui, un regard rempli de terreur. Elle attrapa le couteau rapidement et se remit à se mit à dépecer le cerveau du chien avec hargne. Jinys recula et détourna ses yeux de cette vision qui lui était affreuse. Il se rendit compte que, malgré le nombre de personnes qu’il avait tué ou blessé durant ses missions, cela avait été toujours fait proprement, et il n’avait jamais été soumis à voir de tels actes sanglants. Wan lui fit d’une voix forte : «  Tu viens ?

–         J’arrive ! »

Jinys pénétra dans la profondeur du garage et aperçu une sublime automobile aux contours agressifs. Elle était d’un noir métallique qui l’a rendait étrange et mystérieuse. Cette voiture cinq portes était d’une beauté affolante et sportive. Wan pressa son pouce sur une des petites plaques digitales qui remplaçait les poignés conventionnelles des véhicules. Un cliquetis s’opéra et la portière s’entrouvrit. Wan s’assit confortablement dans le siège en cuir du conducteur et entra le code d’accès du tableau de bord de la voiture, sur le clavier digital juste au-dessus du pare-brise. La vitre en plexiglas qui protégeait le tableau de bord s’abaissa, les différents compteurs s’illuminèrent. L’asiatique pressa un nouveau bouton, ce qui entrouvrit la portière de la place du passager avant. Jinys se faufila à l’intérieur de l’automobile et admira cet amas de technologie dans lequel il était. Cette voiture était la plus sophistiqué qu’il ait vu. Toutes les commandes s’activaient d’un simple bouton digital. Les sièges en cuir, plus confortable que son propre lit. Alors qu’il regardait l’habitacle, il remarqua une chose étrange, cette voiture ne possédait pas de volant, mais un joystick en remplacement. Wan lui déclara d’une manière solennelle : « Te voici dans une Haitek 52-6, la plus performante, et la plus confortable des voitures, mais aussi la plus chère du marché. Elle m’a été offerte par le gouvernement. Pas mal non ?

–         Ca on peut le dire ! fit Jinys tout en observant l’habitacle de l’auto.

–         Au fait, ça ne te dérange pas que l’on se tutoie ?

–         Pas de problème pour moi !

–         Nous allons où maintenant ?

–         Directement chercher le code génétique.

–         D’accord, je te déposerai seulement.

–         Emmènes moi dans le quartier Q, je finirai le trajet seul.

–         Allons-y ! »

Wan appuya sur un minuscule bouton vert du tableau de bord et le moteur se mit instantanément en route. Il était extrêmement silencieux, on entendait à peine son vrombissement. Wan saisit le joystick se trouvant devant lui de la main droite et le fit pivoter doucement vers l’avant puis progressivement comme la voiture sortait de son garage, vers la gauche.

Alors qu’ils sortaient de l’impasse, Wan fit à Jinys : « Tu es vraiment tombé sur la bonne personne avec Yuriko !

–         Il n’est pas très causant le « rich-man » en tout cas… fit Jinys d’une manière désintéressée.»

Aussitôt, Wan, au plein milieu d’une rue, s’arrêta et, d’un ton brusque répondit à Jinys : « C’est l’homme le plus généreux qu’il y ait en ce monde !

–         Ca ne l’empêche pas de tuer ses élèves…

–         C’était lors d’un combat suivant les règles du chanbarrado et…

–         Et en quoi cela change quelque chose au fait qu’il tue ses élèves ?

–         Non en rien… Oublis ce que je t’ai dit. En tout cas, il t’a accueilli alors qu’il ne te connaissait même pas !

–         Pourtant, il connaissait mon nom !

–         Écoutes ! C’est comme un père pour moi et je lui ai souvent parlé de toi et de tes activités…

–         Tu m’as donc suivit !

–         C’était mon job ! Le gouvernement n’a rien contre toi, au contraire, il voulait des informations pour t’engager à retrouver l’androïde volé. J’ai voulu te le dire mais tu avais sans cesse des personnes avec toi.

–         Oui, fit Jinys songeur.

–         Maintenant, je te le demande : acceptes-tu de retrouver cet androïde ?

–         A quoi servent-ils, ces androïdes ?

–         A sauvegarder la sécurité de la cité.

–         Comme si la cité était en sécurité à l’heure actuelle… ricana Jinys.

–         En tout cas, le vol d’androïdes par des inconnus peut-être désastreux. Ils pourraient en faire une armée et mettre en place une dictature impitoyable.

–         N’est-ce pas déjà le cas ?

–         Evidemment, continua Wan, tu toucherais une prime et même un poste au gouvernement.

–         Tu devrais postuler chez Brasco toi, il te prendrait sûrement vu tes qualités de persuasion ! Mais je me demande, pourquoi moi ?

–         Oui et tu me répondra plus tard à ce que je semble comprendre… Mais, je ne peux répondre à ta question tout simplement car je n’en ai pas la réponse.

–         Dans ce cas, on peux repartir, non ?

–         Pas de problème.

–         Et excuse-moi pour mon jugement précipité de Yuriko. Je ne le connais même pas.

–         Ce n’est pas si grave, mais il te reste tant de choses à apprendre… »

Wan poussa de nouveau son joystick vers l’avant et ils reprirent leur route.

L’éclairage des néons était devenu excessivement faible et Wan fût forcé d’allumer les feux de route du véhicule, ce qui n’est jamais très conseillé dans ces plates-formes souterraines de la cité où il faut passer le plus inaperçu possible, tel un fantôme.

Au bout de quelques instants, ils arrivèrent enfin devant l’immeuble où résidait Paolo Baldi. Jinys prit alors congé de Wan tout en ayant prit le soin de le remercier avant. Wan s’élança ainsi de nouveau dans les limbes de la pénombre urbaine. Jinys suivait du regard la voiture de cette nouvelle personne de confiance. C’est important dans ce monde de connaître des personnes en qui ont peut avoir confiance dans une certaine mesure. Tout est si dangereux…

Chapitre 4

Un fracas déchira le silence de la nuit. C’était le fracas d’une lutte, dans l’immeuble. La porte en plexiglas de l’immeuble jonchait sur le sol et comportait des éclats en forme d’empreinte de pas. Tandis que Jinys laissant de côté l’ascenseur et son habituelle lenteur, prenait les escaliers de l’immeuble, il entendit la voix de Paolo, suppliante, émanant de quelques étages plus haut. Jinys n’était venu que peu de fois chez son supérieur. C’était pour des occasions bien précises comme les réunions annuelles du mouvement. Paolo habitait un spacieux appartement occupant entièrement tout le deuxième étage de son immeuble. Cela représentait quelques 150 mètres carrés. Il vivait seul comme beaucoup de Lyfers, n’ayant d’autre occupation que son travail. C’était avec ses longues journées passées à écrire des rapports et à étudier la société qu’il avait pu monter les échelons et passer progressivement, de simple garde du corps à l’honorable poste de dirigeant eu département du Mouvement de Protection des Lyfers. Il restait ainsi, renfermer sur lui-même et son travail. Cela intriguait Jinys qui s’était interrogé durant les nuits où il ne trouvait pas le sommeil, sur l’état de vie de son supérieur. Arrivé sur le palier de l’appartement de Paolo Baldi, la porte étant ouverte, Jinys devint le spectateur d’une effroyable scène. Son ami, le visage en sang, était suspendu au dessus du sol par Fzakio, le tenant d’une poigne de fer par le cou. Paolo se débattait pourtant avec hargne mais Fzakio restait inflexible. Il n’arrivait à rien et peu à peu succombait à la force de Fzakio. Jinys s’agrippa au cou de ce dernier et tentait de lui faire lâcher prise. Les sentiments qu’il avait pour lui avaient disparu. Fzakio était devenu un monstre à ses yeux. Il avait franchi la zone grise entre le bien et le mal pour se retrouver dans le mauvais camp, aux prises avec deux de ces anciens amis. Jinys, de toutes ses forces, tirait Fzakio au sol et alors que ce dernier lâchait Paolo, il le renversa par terre juste avec un coup d’épaule. Jinys était affalé sur le plancher, contre un mur. Il leva alors son regard haineux vers Fzakio et c’est à ce moment même qu’il remarqua qu’il manquait le bras droit à son ancien ami. Fzakio lui fit alors : « Tu ne peux plus rien contre moi, je suis invincible et quoi que tu fasses dorénavant, tout a déjà commencé.

–         Qu’est-ce qui a commencé ?

–         Tu le découvriras bien assez tôt, si tu restes en vie ! »

Alors que Fzakio allait reprendre la parole, il s’arrêta soudainement et son regard se vida, devenant glacial et vraiment effrayant. Pendant ce temps, Jinys se relevait péniblement avec la ferme intention de venger son ami Paolo. Fzakio ne bougeait plus, il ne clignait même plus des yeux, il semblait inerte. Le dégoût et la haine avaient par contre, envahi tout le corps et l’esprit de Jinys. Il se dirigeait lentement vers le traître et arrivé assez proche de lui pour l’attaquer, il lui lança un uppercut dans la mâchoire. Le corps de Fzakio resta immobile et seul sa tête avait basculé vers l’arrière. Jinys était perplexe en même temps qu’il avait la main en sang, comme si il avait donné un coup de poing dans un mur. Toute l’agressivité qu’il avait emmagasinée ces dernières minutes se dissipait. Fzakio ne montrait aucun signe de douleur et de souffrance, il avait pourtant le menton éraflé, maris rien de plus. Jinys s’exclama alors : « Tu n’es pas le Fzakio que je connais, c’est impossible, non, tu n’es qu’un vulgaire droïde » et à ce moment, l’humanoïde rabaissa la tête, regarda longuement Jinys et se retourna soudainement pour courir hors de l’appartement, d’un pas lourd allant jusqu’à faire vibrer toutes les vitres de l’immeuble. Jinys restait seul, encore debout, au milieu de la pièce. Un sentiment de perdition régnait en lui. Il voulait rattraper cet androïde infâme même s’il savait qu’il n’aurait aucune chance. Il se résigna pourtant. Et alors, il se demanda « Qui contrôle cette machine ? » avec un air consterné. Il posa ensuite son regard sur Paolo Baldi, en sang. Jinys s’approcha rapidement de lui et mit sa main gauche derrière sur sa joue. Paolo était écroulé lamentablement contre un mur. Il regardait fixement l’extérieur par la fenêtre en face de lui et seul son râle régulier rappelait qu’il était en vie. Puis, il dit à Jinys d’une voix enrayée : « Baisse la lumière ! La lumière… » Son ami s’exécuta sans un mot, tournant l’interrupteur vers la gauche jusqu’à obtenir une luminosité tamisée. Paolo reprit : « Cette atmosphère nous étouffe. Regarde dehors, on ne peut rien y voir et pourtant il se passe tellement de choses ! ». Jinys, les yeux rivés sur la noirceur apparente de l’extérieur, restait pensif. Au bout de quelques instants, Paolo continua : « Il y a des choses qui doivent t’être révélées. Depuis quelques temps déjà, je joue un double rôle. J’exécute les ordres de notre dirigeant, Alivecchi sans poser aucune question, comme un simple homme à tout faire mais je mène parallèlement mes propres investigations, avouait-il dans des murmures. Guido Alivecchi est comme on le sait, le chef de l’Organisation Lyfer, mais ses intentions ne sont pas celles qu’il nous proclame… Son discours sur la misère humaine et sur son objectif d’un monde meilleur, ce n’est que du baratin, de la poudre aux yeux pour nous faire faire n’importe quoi. On ne détruit pas les mines riscreets, seules autorisées à fabriquer des billes de monnaie, car elles sont toute automatisé et que cela empêche les gens de pouvoir travailler, non. On les détruit pour faire monter la valeur de l’argent et pour que notre bon ami Guido puisse vendre la drogue qu’il se fabrique à des prix bien plus élevés !

–         C’est… C’est impossible ! gronda Jinys.

–         Et pourtant…

–         On a été manipulé ? Tout le monde s’est fait manipulé ?

–         Toute cette affaire doit être étalée dans les bureaux du Conseil.

–         Le Conseil ? s’interloqua Jinys.

–         Oui ! J’ai toutes les preuves dans mon PM 7.64.

–         Tu as un Poste Multimédia, toi ?

–         Eh oui ! Qui l’aurait cru ? »

A la fin de sa phrase, Paolo manqua de s’étouffer. Il dit alors une dernière phrase à Jinys : « Il faut que tu enlèves le disque de données de l’unité principale. » Jinys s’exécuta instantanément en recherchant le Poste Multimédia. Il le retrouva dans le bureau de son supérieur, encastré dans un mur. C’était dans une petite pièce au fond de l’appartement, assez habilement dissimulée par le jeu de la perspective. L’écran du PM, accroché à un mur, faisait office d’unique décoration. En dessous de l’écran, dans le mur, étaient dissimulés les trois unités du poste. L’unité principale était facilement reconnaissable à sa carrure et Jinys la sorti de son emplacement. Dans un bruit sourd, il déboîta la coque de la machine permettant d’accéder à ses composants. Puis, avec une extrême attention, il rechercha le disque de données et le débrancha de suite, ce qui ne lui prit pas beaucoup de temps vu l’apprentissage consciencieux  en électronique et informatique qu’il avait dû suivre très jeune lors de son entrée dans l’Organisation Lyfer.

Alors que Jinys avait entre ses mains le disque de données contenant selon Paolo Baldi, toutes les preuves nécessaires pour mettre au jour les activités et objectifs parallèles de leur chef, le bruit de pas lourds se faisait entendre. Cela provenait des escaliers. Quelqu’un était en train de monter ; plusieurs personnes même. Jinys se tourna vers la porte d’entrée qui était ouverte et qui laissait passer quelques paroles : « Plus vite que ça ! On ne sait pas dans quel état il se trouve… Il faut absolument qu’on arrête celui qui a fait ça ! » Jinys, en proie à des sentiments mêlés, comprenait ce qu’il allait se passer. L’Organisation avait été prévenue, une escouade avait été envoyée, les preuves allaient disparaître, les traîtres allaient payer… Jinys reprit ses esprits alors que l’adrénaline se faisait sentir. Il remit l’unité principale à son emplacement avec sa coque correctement emboîtée et chercha un endroit où cacher le disque de données. Il n’y avait que la bouche d’aération qui pouvait faire office de cachette alors il agrippa le fauteuil, monta dessus et glissa précautionneusement le disque dedans. Jinys retourna ensuite dans la pièce principale, voir Paolo et subir la suite des évènements.

Quelques instants après, des individus armés de fusil d’assaut firent irruption dans l’appartement et occupèrent l’ensemble des lieux, maintenant Jinys en joue. Ils restèrent immobiles un moment, observant longuement l’habitat, son mobilier, Paolo et Jinys. Ils étaient tous équipés de la même manière : fusil d’assaut, casque, combinaison imperméable noire, lunettes infrarouges, paire de bottes. On ne distinguait rien de leur visage et seul leur carrure permettait plus ou moins de distinguer le sexe de la personne. Par contre, leur casque indiquait clairement leur appartenance. Le logo de l’Organisation Lyfer, trônait au milieu de l’avant de leur casque ; un möbius en argent, la couleur réservé aux escouades d’élites. De cette masse, une voix sévère s’éleva, celle du commandant : « Saisissez cette ordure ! » Dans un mouvement, un soldat saisit Jinys au bras. Il fut rejoint peu après par deux de ses collègues. Deux soldats s’occupèrent alors de Paolo. L’un vérifiait ses blessures et l’autre, à l’aide d’un ordinateur très spécifique aux besoins médiaux qu’il relia au bras de Paolo Baldi par une sorte de bracelet, établissait un bilan physiologique. A la suite de quelques secondes, il fit à son acolyte : « Son cœur est à 46 pulsations par minute, il a perdu 2 litres de sang, l’endorphine empêche pour l’instant la douleur mais il n’en a plus pour longtemps… Son groupe sanguin est AB négatif… Et pour ses allergies : amoxycilline, rhizopus nigricans et…

–         Et ?

–         Au pollen, il est allergique au pollen !

–         Arrête, c’est impossible, cela voudrait dire qu’il a été en contact avec du pollen et depuis qu’on s’est tous terré ici il y a 140 ans, c’est véritablement impensable.

–         Pourtant je te l’assure ! Regarde ! fit l’homme en montrant les informations affichées à l’écran.

–         Ca ne s’est plus vu depuis 1 siècle environ, une personne allergique et ce type a la trentaine !

–         C’est pour ça qu’il faut absolument qu’on le sauve, on ne peut pas laisser un cas pareil nous échapper. Allez, aide moi à le porter ! »

L’escouade entière augmentée de Jinys et Paolo quittait l’appartement, puis l’immeuble. Le commandant appela alors le central « On aurait besoin d’un équipe d’inspection au deuxième étage du 9.12 dans le quartier P, merci » A ce moment, Jinys parvint à se défaire des prises des soldats et s’échappa en courant. Après une trentaine de mètre parcouru, Jinys s’écroulait lourdement sur le bitume. Il réunit alors tous ces efforts pour se relever mais une douleur qui avait commencé dans le milieu du dos lui paralysait maintenant tout le corps. Il avait l’impression de se transformer en statue alors qu’il ressentait de moins en moins ses membres. Le commandant de l’escouade arriva à son niveau avec deux soldats : « Balles anesthésiantes, tu connais ? fit-il avec arrogance. Portez-le dans le deuxième fourgon ! » Les deux soldats s’exécutèrent. Jinys avait le regard vague, les détails des environs s’estompaient, il ne distinguait plus que les contours des visages, des objets… Sa vision s’atténuait au fil des secondes. Tout devenait flou, sombre et tortueux.

Chapitre 5

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