L’Apoplexie

Une plaine déserte, blanche, emplie de solitude. J’étais jaloux d’elle alors que ma vie entière lui était semblable, ou presque.

Une tâche de sang s’infiltrait dans cette froideur hivernale. J’avais encore frappé, de nouveau j’avais répondu à cette envie assassine. Je me tuais un peu plus encore, comme je le pouvais. Un désir égoïste que je me réservais le droit d’assouvir comme pour le fait de pleurer. Je l’avais remarqué il y a quelques temps lors d’une histoire difficile où les larmes se sont mises à couler. Encore une que j’avais fait souffrir, c’était en moi de toute façon. Un cancer qu’on sait voir, évaluer à l’issue de tests multiples tous aussi inutiles les uns que les autres car un cancer qu’on ne peut prévenir de par sa nature évènementielle puis psychologique et par-dessus tout, qu’on ne peut guérir même avec la meilleure volonté du monde. C’était une douleur immuable qui était prête à refaire surface à chaque tentative de reconstruction. Et cette fille en a été la victime, une de plus… Et la prochaine n’est malheureusement pas loin. Je ne sais pourquoi elle s’intéresse à moi, comme toujours, cette éternelle question ne trouvera jamais de réponse qui me satisfasse.

Le sang émergea très vite de mon corps pour noyer la coupure. Ca me surprenait à chaque fois. Alors que dans ma vie, tout me paraissait si lent, ce désir d’affluer à la surface de ma peau me stupéfiait plus que moi-même. Mais, il s’agissait encore de moi de toute façon, encore et encore de moi.

Et pourtant, certains trouvaient que j’avais beaucoup. Des gens autour de moi, oui j’en avais. Des gens qui s’intéressaient à moi, oui j’en avais. Des gens qui m’aimaient, oui j’en avais. Et tout ça alors que je ne le méritais pas. C’était extraordinaire mais pire encore, ça ne me suffisait pas.

C’est le monde qu’il me faut. Non, je ne suis pas le futur Alexandre ou Bonaparte. Tuer, même si je conçois pouvoir le faire (bien naïf celui qui pense le contraire), ce n’est pas ce qui me tente. Je veux l’admiration pour mon œuvre, la seule chose venant de moi qui me semble convenable. Mais ça, je crains ne jamais l’avoir. Comme le fait d’observer les gens lorsqu’ils apprendront ma mort puis assisteront ou non à mon enterrement, si on retrouve mon corps… Oui, on retrouvera mon corps, ce serait moins spectaculaire sinon. On ne pourrait pas venir voir ma face livide reposant dans un jolie cercueil pour me glisser un petit objet personnel ou un petit mot : un dernier conseil de vie qui me serait encore bien inutile.

Un peu de ces lettres ensanglantées sur des feuilles blanches, c’est tout ce que je veux qu’il reste de moi, qu’importe le nombre d’année que j’aurais bien voulu m’accorder à vivre. Rien de plus, rien de moins. Ce sera moi, mon vrai moi comme les gens l’apprécie déjà un peu je crois et sans tout ce côté nauséabond qui ne sera plus que planant. Et encore, cela serait à discuter. Et seul, je partirai vers ces autres contrées que tant de gens redoutent, un jour, après avoir prévenu d’un « je reviens dans 5 minutes ».

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