J’encule le monde ! (et il me l’rend bien…)

Chapitre 1

« J’encule le monde ! et il me l’rend bien… » Oui, cette phrase résume parfaitement ma vie, qu’elle soit passée, actuelle et même future. Cette phrase, c’est aussi toute ma théorie de la vie. Pour préciser, je crois sérieusement que chacun se fait sa propre théorie de la vie, sa propre philosophie de la vie. On a besoin de ça pour vivre, pour exister, pour se donner une consistance. Moi, je l’ai trouvé, un soir, ou plutôt, au milieu de la nuit. Elle est venue à moi et je dois dire que je n’ai rien fait pour l’éviter.

Tout commence il y a quelque temps lorsque mon pote Boubi vient frapper à ma porte, ma sonnette étant bien évidement cassée, vu le quartier habité, une cité en banlieue, rien de plus à dire, si ce n’est que l’on apprend une certaine humilité, bien forcé pour survivre.

Boubi, le « petit bonhomme » comme je le surnomme quelque fois, est tout un personnage. Originellement anarchiste, il nie la si belle réalité du monde. Et quand il vient faire irruption chez moi à 10 heures du matin alors que je suis en train de récupérer de ma semaine éprouvante de non travail, il a intérêt à avoir une bonne raison pour me faire lever. Et en effet, il en avait une, maintenant avec du recul, dire que c’était une bonne raison, je ne le sais pas mais en tout cas, à cet instant, j’en étais convaincu. « Nous sortir de cette merde comme on peut en profitant de ce putain de système » L’idée me plaisait. Elle me plaisait même beaucoup et comme je lui avais déjà ouvert la porte, je lui proposais après une dizaine de minutes à ne rien dire, grognant sur tout et sur rien, de développer un peu sa si belle intervention dans ma vie à 10h du matin le samedi et voilà comment tout a commencé…

« On va se mettre à dealer des vidéos pornos ! » A ce moment, franchement, j’ai eu un doute, un énorme doute sur la réussite de cette entreprise que me proposait Boubi. On allait franchement se mettre à vendre des cassettes pornographiques pour se sortir de cette vie si imbibée de pourriture ? Je dis alors à Boubi : « Mais attends, tu réfléchis à ce que tu dis là ?

–         Ouais c’est bon, t’en fais pas, j’ai eu cette idée dans la nuit alors que je me balladais sur internet.

–         Oui et bien justement mais bon, explique-moi un peu !

–         En fait, c’est super simple, me fait Boubi avec engouement ! Tu vois, il suffit de télécharger les films sur internet vu que l’on a pas le câble pour les enregistrer comme d’ailleurs, la majorité de nos futurs clients et après, on les passe sur une télévision et on les enregistre sous format VHS.

–         Oui, c’est pas infaisable mais on a pas de télé déjà…

–         Non, ça c’est bon, il y a Narfy qui peut s’en charger.

–         Enfin bon, je ne sais pas si ça valait la peine de me réveiller. »

Pourtant, à cet instant, je me disais « Pourquoi pas ? ». En effet, ce petit business qu’on allait mettre en place était bien moins dangereux que d’autres… Aussi, il fallait bien que je paye mon loyer car bon, j’avais mon studio contrairement à Boubi qui vivait encore chez ses parents mais bon, pour ce qu’il y était en fait… Il faut dire qu’avec Boubi, on avait pas le même âge et que donc, on avait pas les mêmes situations. Moi, j’avais 19 ans, j’étais à l’université et je préparais un DEUG d’Histoire je crois bien… alors que Boubi, lui, il était encore au lycée, en Terminale ES et il n’avait que 17 ans. Mais à propos de cette histoire, tout semblait assez simple et le seul problème qu’on pouvait avoir, c’était le matériel mais tout semblait être géré par Narfy, un véritable débrouillard. En effet, il pouvait tout te trouver, il était expert en cambriolage et avait bien quelques braquages de banque à son actif, activité à laquelle il ne se livrait que durant les vacances, lors des grosses chaleurs où le personnel se fait rare et plus endormi, tout comme les clients. Moi, j’étais bien content de le connaître Narfy, à chaque fois à la fin des vacances justement, il nous invitait, moi, Boubi et quelques autres, à célébrer la reprise du travail. Car, il ne faut pas s’y tromper, Narfy vendait du cannabis aux étudiants et il faisait bien plus de vente durant les périodes de travail scolaire. Les vacances en général, il nous laissait occuper son territoire de vente comme on voulait. Par contre, il ne fallait surtout pas essayer de le lui prendre hors vacances comme l’avait fait un ancien pote à nous qui s’est d’ailleurs retrouvé dans le marais d’à côté. Il ne fallait pas rigoler avec Narfy et lorsque j’exposais mes inquiétudes à Boubi sur le fait que Narfy voudrait sûrement sa part sur cette combine, il me répondit : « Non mais c’est bon, je lui ai pas raconté l’histoire, je lui ai dit que c’était pour ta grand-mère qu’était à l’hosto et que tes parents avaient plus une thune pour lui payer la télé à la maison de retraite.

–         Arrête ! Tu n’as pas raconté ça ?

–         Ôh c’est bon, tu ne vas pas me faire chier, on va tout faire discrètement !

–         Oui bah là, c’est sûr qu’on est forcé ! »

Et oui ! Au lieu de s’améliorer, la situation empirait déjà. Et alors que Boubi quittait mon appartement, je me disais que tout cela allait vraiment être galère…

Tout cela pour dire qu’il était maintenant 11 heures et que la visite de Boubi m’avait écourté mon sommeil. En fait, je n’étais pas très convaincu de l’affaire de Boubi, je me disais que bon si on pouvait en tirer un peu profit, tant mieux, mais sinon, cela ne m’empêcherait vraiment pas d’aller chier ce soir. C’est là que je me trompais lourdement car, entrant dans ma salle de bain faisant aussi office de toilettes, j’eu la mauvaise surprise de constater la coupure d’électricité. Cela faisait quelques temps que l’ami EDF me réclamait mon argent pour « l’ensemble des services rendus » comme ils disent si bien… J’ai même eu droit à un coup de téléphone des agents administratifs de là-bas pour me dire « Il faut payer Monsieur Tchauwa » Ils sont bien gentils ceux-là mais quand déjà, on a dû mal à payer son loyer, l’électricité, ça vient franchement après… J’aurais dû faire les sorties de collège comme les années passées pour récolter un peu d’argent et surtout leurs montres à ces gosses, celles qui se mettent à sonner à toutes les heures et en plus, ces machins-là, ça se refourgue pas mal. J’aurais donné tout ça à Alcim, le spécialiste du marché noir dans le quartier et c’était bon, je n’aurais pas eût à m’inquiéter. Mais pour l’instant, j’étais fauché, sans rien, dans ma salle de bain plongée dans les ténèbres… Il allait falloir que je me refasse et donc, aussitôt sorti de ma douche, je quittais mon appartement pour me diriger vers celui de Boubi, histoire de rediscuter de tout cela et surtout de manger gratuitement…

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